Votre enfant n’est ni trop gâté, ni mal élevé. Mais il a besoin de vous dire non, et de tester vos limites pour se construire. Reste à savoir comment affronter ses humeurs...

Aurélie hurle, vous venez de refuser de lui donner un quatrième bonbon. Arthur pique une colère, vous lui avez interdit de regarder son troisième DVD d’affilée. Antonin se roule par terre au magasin pour que vous lui achetiez la jolie voiture dont il rêve...

Votre enfant fait des caprices et, pour vous, c’est l’angoisse totale ! A chaque « crise », le doute vous assaille : « Suis-je trop laxiste ? », « Trop sévère ? », « Mon enfant est mal élevé, je ne suis pas une bonne mère », « Si je cède, il me mènera la vie dure »... Et vous redoutez par-dessus tout le regard réprobateur de votre belle-mère, des copines ou de la voisine du sixième... Rassurez-vous : tous les enfants font des caprices, et c’est normal, affirment les psys.

Qu’est-ce qu’un caprice ? « C’est la manifestation, chez l’enfant, d’un désir impérieux, soudain, qui ne rencontre pas l’approbation du parent », explique Christine Brunet, psychothérapeute (auteur, avec Anne-Cécile Sarfati, de Petits Tracas et gros soucis de 1 à 7 ans, Albin Michel, 1998). Le scénario se déroule en trois temps : l’enfant exprime une envie ; les parents lui disent « non » ; le petit, pas content du tout, pique une grosse colère.

Pourquoi les caprices ?
Freud a démontré que deux grandes « lois » régissaient le psychisme de tout un chacun : le « principe de plaisir », processus selon lequel l’individu cherche à satisfaire ses envies ; le « principe de réalité », qui nous contraint à différer ou à modifier nos désirs pour tenir compte de la réalité. Or que découvre l’enfant lorsqu’il fait un caprice ? Tout simplement qu’il ne peut pas prendre ses désirs pour la réalité : il a envie d’un petit-suisse à la fraise, mais il n’y en a pas dans le frigo ; il ne veut pas quitter le jardin public, mais c’est l’heure de la fermeture ; il refuse de mettre son anorak, mais dehors, il neige... « A la différence de l’adulte, l’enfant ne dispose pas des éléments d’analyse lui permettant d’appréhender la réalité », explique Patrick Estrade, psychothérapeute (auteur de Parents, enfants : pourquoi ça bloque ?, Dangles, 1996).

Le caprice est aussi la confrontation au désir de l’autre. Le bébé se vit comme le centre du monde. Mais lorsqu’il grandit, il découvre que ses proches ont parfois des désirs différents du sien. Ce qui ne le ravit pas du tout. Justine veut rester à la maison pour jouer avec ses poupées. Mais c’est le week-end, il fait beau, ses parents ont prévu un pique-nique à la campagne... Imaginez la suite.

Par ailleurs, l’enfant a besoin de s’opposer à ses parents pour s’affirmer en tant que sujet. Cette phase du « non » est très constructive pour lui. Il exprime une pensée « à lui », des désirs « à lui », des émotions « à lui ». « Plus inquiétant serait un enfant totalement sage et obéissant. Il aurait alors renoncé à son désir propre pour se conformer à celui de ses parents », précise Christine Brunet. « L’enfant a aussi besoin d’éprouver la solidité du parent, de sentir des limites », souligne Patrick Estrade. Aussi va-t-il les tester pour savoir jusqu’où il peut aller...

A quel âge commencent-ils ?
C’est vers 18 mois-2 ans, avec ses premiers « non », que le petit commence à faire des siennes. Pas avant. Un nourrisson qui pleure dans son berceau ne fait pas un caprice, il exprime un besoin : celui de manger, d’être changé, pris dans les bras ou câliné. A quel âge finissent les caprices ? Parfois jamais... Cependant, les psys considèrent que « l’âge de raison » marque une étape. A 7 ans, l’enfant a intériorisé un certain nombre de règles sociales et de valeurs morales. Il devient plus à même d’accepter les exigences de la réalité. Au-delà de cet âge, les conflits se déplacent sur d’autres registres. Les sorties, les copains ou la cigarette remplacent le gâteau au chocolat et la voiture rouge.

Comment réagir ?
En essayant d’abord de comprendre. « L’enfant qui a une réaction insolite a toujours une raison de l’avoir, écrivait Françoise Dolto (Lorsque l’enfant paraît, Seuil, 1990). Il ne veut plus avancer dans la rue : peut-être aurait-il préféré d’autres chaussures ; peut-être marche-t-on trop vite ; peut-être ne veut-il pas aller de ce côté-là... » Ne sachant pas toujours exprimer son envie avec des mots, le garçon ou la fillette rouspète, grogne, hurle...

A vous de déterminer les limites que vous souhaitez fixer à votre enfant. Mais, lorsque vous lui dites « non », expliquez-lui toujours pourquoi. Il a besoin de réponses claires et précises. « Le rôle du parent est de traduire la réalité », souligne Patrick Estrade. Si le petit trépigne – ce qui risque fort de se produire –, laissez-le exprimer sa colère. Evitez les petites phrases sournoises du style : « Tu es ridicule de te mettre dans un état pareil...», « Arrête de pleurer ! », « Tu n’as pas honte ? »...

Votre enfant n’est pas content et il a le droit de l’être. Dites-lui plutôt : « Je comprends que tu sois furieux, mais là, je ne peux pas faire autrement, je ne suis pas d’accord avec toi », etc. Accepter et accompagner l’enfant dans cette émotion, c’est le reconnaître en tant que personne à part entière. C’est aussi l’aider à apaiser son chagrin. Car une bonne colère, ça libère ! Armez-vous d’un gros coussin ou tendez-lui une poupée sur lesquels il pourra se défouler. Vous lui apprendrez ainsi à canaliser son énergie. Lorsque l’enfant est plus grand, vous pouvez revenir « à froid » sur ce qui s’est passé.

A 2 ou 3 ans, il vit dans l’instant présent, mais vers 6-7 ans, il peut prendre du recul.

« Montrez-lui que, vous aussi, vous êtes pris dans des limites », conseillait Catherine Mathelin, psychanalyste, dans une émission consacrée à ce sujet (“TEVA Psycho”). Car, du haut de ses trois pommes, le petit voit le "grand" comme un personnage tout-puissant, qui lui dit à quelle heure se coucher, ce qu’il doit manger, lui interdit de traverser la rue tout seul ou de jouer avec un couteau... L’enfant aussi veut avoir son mot à dire ! « Si vous lui montrez que vous-même ne faites pas toujours ce dont vous avez envie, il pourra davantage accepter les limites que vous lui imposez », poursuivait Catherine Mathelin. Expliquez-lui que vous vous achèteriez bien cette jolie robe en vitrine, mais que, hélas, votre porte-monnaie ne vous le permet pas. Laissez-lui, le plus souvent possible, une marge de décision : le pull rouge ou le pull jaune ? Des petits-suisses ou un yaourt à la vanille ? La main droite ou la main gauche pour traverser la rue ?

Enfin, surveillez-vous. Comment voulez-vous demander à votre pitchoun de manger avec enthousiasme ses choux-fleurs si vous chipotez à table ? Comment lui donner envie d’aller à l’école si vous partez au bureau en traînant les pieds ? Vos enfants vous admirent et c’est à vous qu’ils s’identifient en premier. A bon entendeur, salut !

Une épreuve pour les parents
Parfois, le caprice est une épreuve tellement insupportable que les parents tentent d’y mettre un terme en faisant porter la « faute » à l’enfant. Pourquoi est-ce si difficile à vivre pour les adultes ?

« La réaction d’un enfant peut réveiller une colère qu’ils n’ont jamais exprimée étant petits, explique Christine Brunet. N’ayant pu l’assumer, ils vont chercher à la nier chez leur enfant. Autre cas de figure : ils sont eux-mêmes très colériques et retrouvent, chez l’enfant, une partie d’eux qu’ils n’aiment pas. » Ils ont peur que leur enfant leur ressemble. Sa colère peut aussi faire naître un sentiment de culpabilité. Celui de ne pas parvenir à répondre à tous les désirs du petit trésor. « Les parents ont un deuil à faire, estime Christine Brunet, celui de l’enfant idéal dont ils avaient rêvé. Ils ne pourront jamais être des parents parfaits, ni avoir un enfant toujours content ! »

Quand il dépasse les bornes
A chaque fois que vous refusez d’accéder à l’une de ses demandes, votre enfant « disjoncte » : il se cogne la tête contre les murs, vous tape dessus, casse tout dans la maison... Ses crises sont violentes et fréquentes. Que faire ? Revenir à la bonne vieille raclée d’antan ou attendre, en rongeant patiemment son frein, que l’orage passe ? Sur cette question sensible, l’avis des psys diverge.

« La tape dit stop à l’acte ou à la parole inacceptable, intolérable, ou à l’exaspération. C’est un moyen de couper court à une dispute qui n’en finit pas », estime Christine Brunet. « Mieux vaut ne pas mettre d’huile sur le feu, conseille, pour sa part, Patrick Estrade. Lorsque l’enfant se met dans de tels états, généralement, rien n’est efficace... »

Le plus important est de s’interroger en amont sur les raisons de ces crises. Car, dans ces moments-là, on est loin du simple caprice. « L’enfant exprime, en fait, une solitude terrible. Il est désespéré et sans repères, explique Patrick Estrade. C’est comme s’il disait : “Je suis seul au monde, et vous ne pouvez rien pour moi.” Derrière cette colère se cache un immense besoin d’amour et d’affection. »

 

source : pyschologies.com

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